L’évaluation du comportement des possédés serait, d’après l’auteure, corrélée à un autre biais. Appuyant ses observations ethnographiques sur des données issues de la psychologie sociale et des neurosciences, elle montre l’influence qu’exercent les rencontres antérieures avec le possédé sur l’évaluation du comportement de la divinité. Tant l’appréhension d’une intentionnalité exclusive que la continuité entre l’appréciation du possédé et le comportement de la divinité seraient le résultat de processus cognitifs intuitifs régissant la perception sociale.51 Emma Cohen étend ensuite son analyse aux mécanismes cognitifs susceptibles d’éclairer le lien étroit entre la présence d’xA0;espritsxA0;, le phénomène de possession et l’infortune. Ses conclusions rejoignent ici nombre d’études xA0;classiquesxA0; sur la sorcellerie appréhendée à partir d’une théorie de causalité sociale selon laquelle certains événements ambigus, généralement malheureux et personnellement signifiants sont per?us comme le résultat d’une intentionnalité surnaturelle, qui serait elle-même soutenue par de fortes intuitions morales (justice, mérite…) sur le pourquoi de tels événements. Dans ce cadre théorique, la sorcellerie consisterait à déplacer la source de causalité du malheur vers une tierce personne malintentionnée, avec pour effet une décharge de responsabilité de l’individu face à sa propre infortune. Dans un tel domaine, la possession et la communication qu’elle permet d’instaurer permettrait de mieux prédire et contr?ler les circonstances susceptibles de mener à la récurrence du malheur. burberry pas cher
52 L’auteure conclut son analyse en cherchant à préciser les xA0;conditions écologiques spécifiquesxA0; à même d’influer xA0;causalementxA0; sur l’apparition et la transmission du phénomène de possession institutionnalisée. Partant du constat d’Erika Bourguignon sur la corrélation positive entre la présence du phénomène de possession et xA0;le peu d’opportunité d’accomplissement et le peu de contr?le sur les activités ordinairesxA0;[17] [17] Erika Bourguignon, Possession, San Fransisco, Chandler &...suite de nombreux possédés à travers le monde, l’auteure avance l’hypothèse, soutenue par les travaux de plusieurs psychologues sociaux, que le recours à des croyances et pratiques religieuses consisterait en une tentative de retrouver le contr?le de situations qui, en apparence, échappent aux individus. Poursuivant son analyse, l’auteure suggère que les situations génératrices de stress (à l’échelle individuelle et/ou collective) seraient davantage propices à la mobilisation d’un mécanisme mental (xA0;Hypersensitive Agency Detection DevisexA0;[18] [18] Voir Justin Barret, Why Would Anyone Believe in God?…,.. trench burberry pas cher .suite) caractérisé par une tendance à surestimer l’attribution d’intentionnalité (agency) aux événements de l’environnement.53 J’adresserai deux critiques à l’analyse de la possession proposée par Emma Cohen. La première est que l’on peut regretter le peu de place attribué aux dimensions émotionnelles et matérielles dans son modèle théorique. Si la dimension strictement cognitive de la possession s’avère, comme l’auteure l’a bien montré, indispensable pour rendre compte de son caractère xA0;contagieuxxA0;, les émotions et les objets (artefacts, substances, odeurs…) jouent eux aussi un r?le déterminant dans les mécanismes d’apprentissage et de mémorisation de la possession[19] [19] Arnaud Halloy, «xA0;Un anthropologue en transe. Du corps.. lacoste homme pas cher
.suite.54 Ma seconde critique concerne précisément le peu d’attention accordé par l’auteure aux processus d’émergence et d’apprentissage de la possession, de même qu’aux changements de perception et d’attitude face à la possession en fonction du parcours de vie des individus. La prise en considération de cet aspect diachronique et dynamique de l’appréhension des rapports aux xA0;espritsxA0; aurait certainement permis de complexifier la structure de la cha?ne causale, par moment un peu trop linéaire, entre le xA0;contextexA0; (générateur de stress, d’incertitude, d’incompréhension) et les attitudes mentales qu’il est censé générer (comme le recours à des acteurs sociaux singuliers, les xA0;espritsxA0;).55 Outre ces lacunes à combler, inévitables dans tout travail construit autour d’hypothèses fortes, le travail d’Emma Cohen ouvre de nouvelles perspectives théoriques. Il est assurément amené à devenir un ouvrage indispensable pour tout chercheur intéressé par la possession religieuse.56 Arnaud HalloyNick J.